Le Reform Club à Londres 

Le Reform Club à Londres

Le Reform Club, c’est un peu comme si un palais florentin avait décidé de s’installer à Londres, d’ouvrir un restaurant cinq étoiles, et de devenir le repaire secret des grands cerveaux britanniques. Rien que ça.

Situé sur Pall Mall, ce club privé fondé en 1836 n’est pas seulement un joli bâtiment : c’est un endroit où l’histoire, la politique, la littérature et la gastronomie se sont donné rendez-vous pour prendre le thé.

L’histoire commence en 1832, lorsque la Reform Act change en profondeur la vie politique britannique. Le droit de vote est élargi, les circonscriptions redécoupées, et Londres bruisse d’idées nouvelles.

Les Whigs, fiers comme des paons, créent en 1836 un club pour célébrer cette avancée : le Reform Club. On pourrait croire qu’ils cherchaient juste une excuse pour s’installer confortablement dans des fauteuils en cuir, mais non : le club est d’abord un symbole politique.

Le Reform Club à Londres
Le Reform Club à Londres

Ses premiers membres ?

Henry Brougham, avocat brillant et figure de l’éducation populaire,

Lord John Russell, champion du libéralisme et futur Premier ministre,

et une ribambelle de réformateurs convaincus que le Royaume-Uni doit s’ouvrir au progrès et aux bons dîners, mais ça, c’est une autre histoire.

Le Reform Club à Londres
Le Reform Club à Londres

Pour impressionner tout ce beau monde, on fait appel à Charles Barry, déjà en charge du futur Palais de Westminster. Barry se lâche : colonnes, marbre, escalier monumental.
On croirait entrer dans un palais florentin plutôt que dans un club londonien. À l’époque, c’est audacieux, presque provocateur.

La bibliothèque, avec ses milliers d’ouvrages, devient l’un des atouts du club. Certains membres s’y enferment des heures, sans doute pour préparer des discours très sérieux ou échapper à leur belle-famille.

Le Reform Club à Londres
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Alexis Soyer

On ne peut parler du Reform Club sans évoquer Alexis Soyer, son premier chef cuisinier. Un Français, évidemment. Mais pas n’importe lequel : un génie culinaire, un showman, un inventeur, et probablement le premier chef star de l’histoire.

Soyer installe dans les cuisines du Reform Club ce qu’on pourrait appeler une cuisine high-tech version 1840 :

ventilation révolutionnaire,

réchauds portables,

appareils de cuisson expérimentaux.

Le Reform Club à Londres

Le club préféré de Jules Verne même s’il n’y est jamais allé

En 1873, le Reform Club entre dans la légende grâce à Jules Verne.

Dans Le Tour du monde en 80 jours, Phileas Fogg, gentleman mystérieux, y passe ses journées, son thé à portée de main. C’est là qu’il lance son fameux pari : faire le tour du monde en quatre-vingts jours.

Fogg n’a jamais existé, mais des générations de lecteurs ont cherché la salle où il s’asseyait pour consulter son horloge.

L’antre des intellectuels et des réformateurs

Au XIXᵉ siècle, le Reform Club n’est pas seulement chic : il est influent.

On y croise :

William Ewart Gladstone, quatre fois Premier ministre, spécialiste des discours interminables ;

Richard Cobden, champion du libre-échange et ennemi juré des taxes sur le blé ;

des diplomates, des explorateurs, des scientifiques et des écrivains qui font et défont l’avenir du Royaume-Uni autour d’un verre de porto.

Le club est même suspecté à l’époque d’être un repaire de conspirateurs libéraux.

Au fil des guerres et des crises, le club s’adapte. Il perd un peu de son pouvoir politique, mais gagne en diversité intellectuelle. On y discute diplomatie, économie, arts, littérature.

C’est aussi l’époque où les membres réalisent qu’une réforme un peu embarrassante les attend : ils ne peuvent pas éternellement rester entre hommes.

1981 : enfin, les femmes !

Il aura fallu presque 150 ans pour que le Reform Club accepte des membres féminines.

Ce club continue d’attirer des personnalités de tous horizons : politiciens, universitaires, écrivains, diplomates. C’est toujours un lieu de prestige, mais aussi d’échanges intellectuels et culturels.

Et pour ceux qui n’ont pas la carte de membre ? Eh bien, vous pouvez toujours l’admirer de l’extérieur, ou rêver à Phileas Fogg qui claque son pari insensé avant de filer autour du monde.

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“One cannot think well, love well, sleep well, if one has not dined well.” ― Virginia Woolf, A Room of One’s Own

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